Holi marque la fin de l’hiver et le retour du printemps. C’est l’une des fêtes les plus anciennes du calendrier hindou — certains textes en font remonter la trace à plusieurs siècles avant notre ère — célébrée dans toute l’Inde autour du mois de mars, au moment de la pleine lune de Phalguna, dernier mois du calendrier lunaire hindou.
La veille, on brûle un bûcher — Holika Dahan — qui rappelle un mythe ancien. Le roi démon Hiranyakashyap, convaincu de sa propre invincibilité, exigeait d’être vénéré comme un dieu. Son fils Prahlad refusa, restant fidèle à Vishnu. Furieux, le roi demanda à sa sœur Holika — une démone rendue immunisée au feu par une bénédiction — de s’asseoir avec l’enfant dans les flammes. Mais la bénédiction se retourna contre elle : Holika périt dans le brasier, tandis que Prahlad en ressortit indemne, protégé par sa dévotion. Une histoire de victoire du bien sur le mal, de la foi sur l’arrogance, qu’on rejoue chaque année en allumant des bûchers dans les rues et les cours, souvent accompagnés de chants et de prières.
Le lendemain, c’est l’explosion de couleurs : gulal, poudres, eau teintée, jetés sans distinction de rang ni d’âge. Pour un jour, les hiérarchies sociales s’effacent sous la poussière — patron et employé, voisin et inconnu, tout le monde se retrouve à égalité, également recouvert. La fête s’accompagne traditionnellement de musique, de danse, et du thandai, une boisson au lait épicée parfois infusée de bhang (une préparation à base de cannabis), consommée rituellement ce jour-là dans certaines régions du nord de l’Inde.
Selon les régions, Holi prend des formes très différentes. À Delhi ou Mathura, c’est souvent une fête urbaine, parfois organisée, parfois commerciale, tournée vers les visiteurs autant que vers les habitants. Au Gujarat et au Maharashtra, on y ajoute parfois le jeu du Dahi Handi, où de jeunes hommes forment des pyramides humaines pour atteindre et briser un pot de beurre suspendu en hauteur — un clin d’œil aux frasques enfantines de Krishna.
Mais dans certains villages du Braj — la région qui a vu grandir Krishna, entre Mathura et Vrindavan — la fête garde une forme plus ancienne, plus rude, plus proche du mythe qui l’a fait naître. C’est le cas à Barsana et Nandgaon, où se joue chaque année le Lathmar Holi.