Krishna a grandi à Nandgaon. Radha, celle qu’il aimait, vivait à Barsana. La légende raconte qu’un jour, il vint la taquiner avec ses amis, l’aspergeant de couleurs sans y être invité. Radha et ses compagnes, plutôt que de se laisser faire, l’auraient chassé à coups de bâton — un geste devenu rituel, rejoué chaque année depuis des siècles.
Le Lathmar se déroule sur deux jours, dans deux villages :
- À Barsana, les hommes de Nandgaon arrivent en pèlerins un peu téméraires, protégés par des boucliers de cuir. Les femmes de Barsana les accueillent avec des lathis — de longs bâtons de bois — et les repoussent en riant. Celui qui se fait attraper est habillé en femme et doit danser devant la foule.
- Le lendemain, à Nandgaon, les rôles s’inversent dans leur géographie mais pas dans leur mécanique : ce sont les hommes de Barsana qui se déplacent cette fois, et les femmes de Nandgaon qui les attendent, bâtons en main.
Dans les deux cas, ce sont toujours les femmes qui frappent, et les hommes qui encaissent, en riant, en chantant, en tentant d’échapper aux coups. Un renversement temporaire et joyeux des rapports de force, ancré dans le mythe autant que dans la fête.
Autour de ce jeu rituel, on retrouve tout ce qui fait Holi ailleurs — la musique, le thandai, les nuages de poudre — mais avec une intensité et une gravité particulières, portées par la proximité des temples et par des foules parfois difficiles à contenir, au point que la police locale n’hésite pas, elle aussi, à sortir le bâton pour maintenir l’ordre.