Quelques curiosités glanées en creusant le sujet, pour qui veut prolonger.
- Le nom scientifique, Fratercula, signifie « petit frère » — une allusion au plumage noir et blanc qui évoque une robe de moine.
- Le macareux n’est pas seulement maladroit à l’atterrissage : il compense par une sacrée technique de pêche. Son bec est bordé d’épines dirigées vers l’arrière qui retiennent les poissons attrapés en travers — un record documenté fait état de 83 petits poissons transportés dans un seul bec.
- Au Pays de Galles et en Islande, des macareux ont été observés utilisant des brindilles pour se gratter. Ce comportement, jusque-là seulement documenté chez les primates et les éléphants, a forcé les chercheurs à revoir à la hausse leur estimation de l’intelligence de l’espèce.

- Les couples se retrouvent chaque printemps au même terrier, après avoir passé l’hiver séparés, dispersés chacun de leur côté en pleine mer. Leurs retrouvailles ont un nom, le billing : les deux oiseaux se frottent le bec l’un contre l’autre, un geste qui attire souvent d’autres macareux venus assister à la scène.
- Une étude de l’université d’Oxford, menée par géolocalisation sur plusieurs années, a montré que les macareux ne migrent pas vers une zone d’hivernage fixe mais dispersent leurs trajets d’une année sur l’autre — tout en restant, individuellement, remarquablement fidèles à leur propre itinéraire. Les chercheurs pensent que l’oiseau apprendrait sa route plutôt qu’il ne la porterait en lui de naissance.
- Sur l’île féroïenne de Mykines, la plus grande colonie du pays, les habitants payaient autrefois leurs impôts en macareux. Aujourd’hui, les seize résidents de l’île ne les chassent plus : ils les photographient, comme moi.
- La chasse traditionnelle aux Féroé se pratique à la perche munie d’un filet, le fleygastong : le chasseur s’installe dans un poste d’observation au cœur même de la colonie et cueille les oiseaux en plein vol, d’un geste unique. Une méthode plus ancienne, consistant à prélever directement les oiseaux dans leur terrier, a été abandonnée car jugée non durable.
- La population féroïenne de macareux a chuté d’environ 70 % en cinquante ans.
- Dans le folklore cornique et gallois, l’âme du roi Arthur ne serait pas simplement partie : elle se serait réincarnée en oiseau. Le macareux fait partie des trois candidats retenus pour cet honneur — avec le corbeau et le crave à bec rouge.
- Au Moyen Âge, l’Église catholique n’autorisait que le poisson le vendredi. Le macareux, avec son plumage noir et blanc évoquant la robe d’un moine dominicain et sa vie passée en mer, a été classé — assez commodément — dans la catégorie « poisson » par les autorités ecclésiastiques, ce qui permettait de le manger ces jours-là malgré son statut d’oiseau.
- En Écosse, on le surnommait familièrement Tammie Norrie — un nom qu’on donnait aussi, au XIXe siècle, à un homme un peu simplet. La ressemblance devait faire sourire.
- Le macareux apparaît dans la Snorra-Edda, texte islandais du XIIIe siècle qui a fixé une bonne partie de la mythologie nordique.